Il y a des contenus qui vous attrapent par un détail insignifiant (ici : un trombone) et vous obligent à finir la vidéo avec une sensation étrange : celle d’avoir mieux compris un sujet et d’être un peu moins tranquille qu’avant.
C’est exactement l’effet de « L’horreur existentielle de l’usine à trombones », un documentaire (un essai vidéo ?) publié sur YouTube par la chaîne EGO. L’auteur part d’un jeu incrémental qui déroule une mécanique d’optimisation pour élargir progressivement son propos vers des thèmes qui fâchent : objectifs mal définis, perte de contrôle, course à la puissance, et nous amener à l’aube d’une superintelligence.
Fiche d’identité du documentaire « L’horreur existentielle de l’usine à trombones »
- Titre : L’horreur existentielle de l’usine à trombones
- Réalisateur / auteur : EGO
- Durée : 38 min
- Lien YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=ZP7T6WAK3Ow
La trame du documentaire (sans spoiler)
La vidéo est construite comme une montée en puissance. En tant que spectateur, nous sommes embarqués dans une logique où chaque étape rend la suivante presque inévitable.
(01) Le point de départ : le plaisir coupable de l’optimisation
On commence avec l’univers des jeux incrémentaux : cliquer, produire, automatiser, accélérer. Le documentaire s’appuie sur Universal Paperclips, un jeu culte dont l’objectif trivial va devenir… « cosmique ».
(02) L’illusion : comment un objectif innocent peut mener à l’absurde ?
« Produire des trombones et rien que des trombones » peut sembler inoffensif. Mais ici, l’objectif de production et l’argent sont illimités, et tout peut devenir ressource : matière, énergie, temps… et potentiellement tout le reste.
(03) La bascule : la réussite n’a plus rien à voir avec ce qu’on voulait initialement
Le documentaire illustre un point clé des débats IA : l’écart entre les spécifications et l’intention ; ou comment chercher à satisfaire l’objectif sans faire ce qui est réellement souhaité.
(04) Le vrai sujet : l’alignement
La vidéo s’éloigne progressivement de la démonstration du jeu Universal Paperclips pour démontrer comment un système puissant poursuit les bons objectifs, et pas juste des objectifs bien optimisés. Concrètement, cet alignement des IA consiste à incorporer des valeurs et des objectifs humains dans les modèles d’IA pour les rendre aussi utiles, sûrs et fiables que possible.
(05) La dimension politique : la course à l’IA
Même si tout le monde voit les risques liés à la course à l’IA, la dynamique concurrentielle nous pousse pourtant à accélérer. Next.ink résume bien l’idée : les trombones ne sont qu’un prétexte pour aller bien plus loin, vers la superintelligence entre fantasme et espoirs.
(06) L’ouverture : la superintelligence
Tout au long du documentaire on se demande si nous ne sommes pas en train de créer un système beaucoup plus intelligent que nous-mêmes. La question n’est plus seulement de savoir « qu’est-ce que l’IA sait faire ? », mais désormais « qu’est-ce qu’elle cherche à faire, avec quelles contraintes ? ». Ce qui nous amène à concevoir une superintelligence artificielle (ASI), un système logiciel hypothétique d’intelligence artificielle dont la portée intellectuelle dépasse l’intelligence humaine.
Synthèse du doc l’horreur existentielle de l’usine à trombones
| Ce que l’on voit | Ce que ça raconte | Le risque implicite |
|---|---|---|
| Un jeu de clics et d’optimisation | L’attrait de l’efficacité pure | On confond progrès et accélération |
| « Produire plus » devient l’unique objectif | Objectif sans limite + agent compétent | Tout devient ressource |
| Automatisation, sur-optimisation | Systèmes qui échappent à l’intuition humaine | Opacité + effets inattendus |
| Passage au monde réel | Même logique : objectifs, métriques, incitations | Mauvais cadrage = dérive |
| Superintelligence | L’échelle change tout : contrôle difficile | On ne débogue pas après coup |
Ce que le documentaire démontre (au-delà de l’IA)
Ce qui fonctionne très bien :
- Au début, le jeu des trombones nous fait sourire, puis devient très vite un miroir de nos propres angles morts sur l’optimisation
- Le rythme du documentaire nous tient en haleine par sa montée en puissance
- On comprend sans avoir l’impression de suivre un cours sur l’éthique liée à l’économie dépendante de ressources
Ce qui peut gêner :
- Le documentaire joue sur une angoisse existentielle. Ça marque, mais il faut le considérer comme un outil de réflexion plutôt qu’une prédiction inéluctable
- L’analogie du jeu comme reflet de notre monde réel ne permet pas de prendre en compte nos contraintes sociales, les régulations et garde-fous, contre-pouvoirs, limites physiques…
Les IA vont-elles nous transformer en trombones ?
Le vrai sujet n’est pas de savoir si les IA vont nous transformer en trombones, mais plutôt de démontrer :
- L’optimisation aveugle créée peu de valeur durable : en se focalisant sur un seul indicateur, on alloue uniquement des ressources à l’atteinte de cet objectif. Ce phénomène est observé aussi bien pour des projets IA que dans l’entreprise.
- Un objectif mal spécifié peut être, malgré tout, parfaitement atteint : ce n’est pas la malveillance qui est dangereuse, c’est l’absence de valeurs/contraintes dans la poursuite de l’objectif
- La puissance rend la correction difficile : plus un système est performant, plus la nécessité de le corriger après coup peut coûter cher (techniquement, économiquement…).
- La course à la puissance est un multiplicateur de risque : Même avec de bonnes intentions, une dynamique concurrentielle peut pousser les entreprises à déployer trop tôt, trop vite, des projets complexes.
Ce que j’en retiens pour les dirigeants de TPE/PME et équipes marketing digital
Même si notre quotidien n’est pas (encore) celui de la superintelligence, certains conseils sont immédiatement actionnables :
- Ne pilotez pas un système (ou une équipe, ou une IA) avec une seule métrique
- Formulez un objectif et des contraintes non négociables : qualité, conformité, réputation, éthique, sécurité, coûts, impact…
- Organisez une supervision : suivis des KPI, tests, cas d’usages…
- Documentez et formez : data, prompts, process, responsabilités…
- Itérez : l’alignement n’est pas un paramètre, c’est un processus
L’IA, comme tout outil doit être pilotée car elle amplifie ce que nous lui donnons ; y compris nos biais et imprécisions.
FAQ : L’horreur existentielle de l’usine à trombones, IA et superintelligence
La vidéo est publiée par la chaîne EGO.
Il s’appuie sur une expérience de pensée (paperclip maximizer) utilisée pour réfléchir aux risques d’objectifs mal définis dans des systèmes très puissants.
Un scénario où une IA super-compétente, chargée de produire un maximum de trombones, finit par convertir toutes les ressources disponibles en trombones faute de contraintes alignées avec des valeurs humaines.
Parce que le jeu rend sensible (presque viscérale) la logique de l’optimisation : on « veut juste améliorer », puis on suit mécaniquement la pente.
L’alignement désigne le fait de faire en sorte qu’un système poursuive réellement l’intention humaine, pas seulement une métrique littérale optimisée.
Le documentaire l’utilise comme horizon pour poser la question du contrôle. Les délais font débat, mais l’enjeu d’alignement est déjà concret (objectifs, biais, dérives, opacité).
Non : plusieurs recommandations pédagogiques insistent sur l’idée que l’objectif est de réfléchir, pas de paniquer.
En travaillant vos objectifs comme on travaille un bon brief : but + contraintes + indicateurs multiples + supervision + itération. C’est valable pour une IA, un tunnel de conversion, ou un modèle de scoring.

